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Envisager la religion comme un

« marché des idées » 

 

Le gouvernement En Marche a introduit l’approche managériale des affaires politiques au cœur de son projet. La prochaine étape de cette « disruption politique » sera-t-elle d’envisager la religion comme un marché, un « marché des idées », sur lequel la France doit être compétitive ? C’est ce qu’évoque une interprétation des travaux d’Hakim El Karoui, « l’homme qui murmure aux oreilles d’Emmanuel Macron » à propos des questions d’Islam.

 

Parmi les « offres », il en est une que l’ancien conseiller de Jean Pierre Raffarin, aujourd’hui essayiste spécialiste des questions islamiques, souhaite combattre avant tout : l’islamisme. Or il constate cette doctrine est aujourd’hui en position de force sur le « marché des idées », autant par manque de concurrents que grace à sa bonne compréhension de la demande. Le rapport de l’Institut Montaigne La fabrique de l’islamisme (2018), auquel le normalien a contribué, étudie par ailleurs la force du processus de production qui soutient une telle offre religieuse.

 

L’islamisme, soutenu par des investisseurs étrangers à très gros budget, a su profiter des canaux de distribution que représentent les réseaux sociaux. Ainsi, Hakim El Karoui souligne fréquemment que « Tariq Ramadan avait autant de followers qu’Emmanuel Macron avant la campagne ». Selon lui, cette offre d’idées s’est imposée progressivement jusqu’à devenir le standard. Les islamistes ont construit dans l’imaginaire collectif les marqueurs de bonne - ou de mauvaises - piété (tels que le halal ou le port du voile).    

 

Dès lors, pour remettre en cause ce statut de leader de la « bourse des idées de l’Islam », la France doit proposer une offre concurrente. C’est là tout l’enjeu de la « construction d’un Islam français » qu’il prône. Hakim El Karoui envisage ainsi plusieurs mesures en ce sens, telles que l’élection d’un grand Imam de France ou la création de l’Association Musulmane pour l’Islam de France (AMIF), chargée d’organiser et de financer le culte musulman dans l’hexagone. Véritable organe de régulation du « marché des idées » religieuses, l’AMIF aurait pour but d’être incontournable dans l’attribution des licences (dont les licences halal), le financement des mosquées et l’éducation des imams pour plus de transparence et de contrôle de l’influence étrangère via l’argent. Son fonctionnement serait assuré, entre autres sources, par une taxe sur les produits halals. 

 

Néanmoins, cette nouvelle offre idéologique pourrait pâtir de son statut de produit d’une institution de la République. Elle ne saurait conquérir des parts du « marché des idées » auprès de consommateurs souvent critique à l’égard du modèle d’assimilation. Or, comme il l’affirme dans le rapport de l’Institut Montaigne Un islam français est possible (2017), l’offre islamique française ne réussira pas sans une promotion par les « musulmans intégrés », preuves de la réussite de notre modèle culturel. En bref, une opération marketing est incontournable pour assurer le succès d’une telle entreprise. L’ancien directeur « monde méditerranéen » chez Rothschild y contribue par ailleurs en tant que créateur du Club XXIe siècle et des Young Mediterranean Leaders, dont l’objectif est d’afficher et de promouvoir la réussite de la diversité en France.     

 

Quoi qu’il en soit, Hakim El Karoui jouera un rôle clef dans les réformes liées au culte musulman annoncées prochainement par le gouvernement Macron. Les associations HEC Débats et HEC Monde Arabe sont donc honorées de le recevoir pour une conférence au coeur d’une question sensible d’actualité. Nous vous espérons nombreux et nombreuses, dans l’Amphi Bellon, le mardi 6 Novembre à 19h. 

 

Hugo Carrié pour HEC Débats