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FRANÇOIS HOLLANDE

RÉPONDRE À LA CRISE DÉMOCRATIQUE

Exceptionnellement, trois articles sont disponibles : 

- La vie avant la Présidence

- Quel bilan pour la Présidence de François Hollande ? 

- La vie après la Présidence : les leçons du pouvoir et la crise de la démocratie

La vie avant la Présidence

par Amélie Huet

           François Hollande a mené un parcours universitaire assez classique pour un ancien président. Son diplôme de droit en poche, il quitte l’université Panthéon-Assas pour rejoindre les bancs jovaciens, enchaîne avec l’IEP de Paris et décroche une entrée à l’ENA. Un an plus tard, il adhère au Parti Socialiste en 1979. Si ce brillant étudiant commence par une carrière d’auditeur à la Cour des Comptes avant de brièvement s’envisager avocat, il se tourne vite vers la politique et devient chargé de mission à l’Elysée auprès du premier Président socialiste de la Vème République, François Mitterrand. En contraste avec le projet de la gauche mené par Pierre Mauroy, et son échec qui déboucha sur le fameux tournant de la rigueur de 1981, les plus radicaux, Jean-Luc Mélenchon en tête, le désignent comme étant à l’époque le plus à droite des membres du cabinet de Mitterrand. Pourtant, François Hollande a mené l’intégralité de sa carrière politique, de la Corrèze à l’Elysée, sous les couleurs du Parti Socialiste.

          Comme beaucoup, il entame sa carrière politique par des mandats locaux. Dès 1981, il est candidat aux élections législatives de Corrèze, élections qu’il perdra, à 350 votes du mastodonte de la politique française, Jacques Chirac. Pierre Mauroy l’embarque sous son aile et le nomme directeur de cabinet des porte-paroles de son gouvernement. S’il échoue aux élections municipales en 1982, il devient conseiller municipal d’Ussel, en Corrèze toujours, département dont il deviendra député de 1983 à 1989.  En 1988, après avoir changé de circonscription, il se représente aux élections législatives et devient député de la première circonscription de Corrèze.

            Au-delà de ce rayonnement départemental, bien que la Corrèze soit une terre chiraquienne, François Hollande part à la conquête de la capitale. Il occupe un poste de choix à l’Assemblée Nationale au-delà de ses fonctions de député ; secrétaire de la Commission des Finances et du Plan et rapporteur du budget de la défense dès 1988. Il fait alors parti de l’équipe d’« experts » chargés de trouver le remède face à la défaite de la gauche portée par celui qui sera son mentor, Lionel Jospin, aux élections législatives de 1986.

            Décidément disruptif, François Hollande lance avec ses anciens camarades de l’ENA Jean-Yves Le Drian, Jean-Pierre Mignard et Jean-Michel Gaillard, les « transcourants ». La bande a une idée en tête : réformer la vieille gauche française et ses « rhumatismes ». Elle appelle alors, dans La Gauche Bouge, à la fondation d’un parti démocrate à l’américaine. Flexibilité, modernité, marchés financiers, François Hollande n’a pas peur de se désigner comme un « libéral de la gauche », alors que Tony Blair et sa troisième voie ne sont pas encore au pouvoir à Westminster. Dans le sillage de Rocard et Delors, François Hollande veut porter une gauche réformiste, de quoi l’éloigner de la « gauche molle » que ses détracteurs l’accusaient de représenter pendant son mandat présidentiel. Pourtant, après que Lionel Jospin lui ait confié les rênes du PS en 1997, François Hollande se veut plus fédérateur et fait taire cette troisième voie pour fuir le conflit. S’il préside tout de même la communauté de communes de Tulles dès 1983, François Hollande reconnait préférer dès lors ses ambitions nationales. Lors des élections européennes de 1999, François Hollande mène la liste PS/PRG/MDC, qui arrive en tête avec 21,95 % des suffrages. Il renonça à son mandat quelques mois plus tard, trop accaparé par une nouvelle promotion ; vice-président de l'Internationale socialiste. En 2006, face à l’engouement que représente la candidature de sa femme, Ségolène Royal aux présidentielles, il renonce à se présenter pour rester député de Corrèze. En 2008, il ne se représente pas au poste de secrétaire générale et voit Martine Aubry lui succéder, pour devenir officiellement candidat à l’élection présidentielle en 2011. Son manque d’expérience ministérielle et son bilan à la tête du PS feront l’objet de critiques. Après les nombreux scandales liés au candidat favori de l’élection, DSK, François Hollande mène la course pour accéder à l’Elysée en tête. Après son élection, il a à composer avec une situation quasi idéale pour le PS, qui contrôle à peu près tous les échelons du pouvoir, de l’Assemblée Nationale au Sénat, en passant par les grandes villes et le Parlement Européen.

La Présidence

par Noémie Gélis

 

           Elu président de la République en mai 2012, dans un monde encore profondément marqué par la crise financière de 2008, les défis de François Hollande étaient immenses, et sa capacité à gérer la pression constante qu’exerce sur le locataire de l’Elysée la fonction de Président de la République fait l’objet de questions, de la part de l’opposition comme de celle d’une partie de la gauche de Gouvernement, alors qu’Hollande est le premier Président de la Ve République à être élu sans n’avoir jamais exercé de poste ministériel dans sa carrière. Entre promesses et réalisations, quels ont été les aboutissements et les lacunes de la présidence Hollande ?

 

           Une situation économique fragilisée

           En premier lieu, la croissance est restée faible tout au long du quinquennat. De plus, alors qu’il avait posé comme condition d’une seconde candidature à l’élection présidentielle l’inversion de la courbe du chômage, cette dernière ne s’est infléchie que sur le tard si l’on considère les chômeurs de catégorie A (c’est-à-dire sans aucune activité) et a même, à la grande défaveur de Mr Hollande, augmenté si l’on considère les chômeurs toutes catégories. Enfin, contrairement à sa promesse de campagne, la réduction du déficit en-dessous de la barre des 3%, conformément au traité de Maastricht, n’a pas été réalisée alors que la dette, elle, a augmenté. 

Au demeurant deux lois économiques qui ont été au cœur des polémiques et des blocages ont été passées grâce à l’utilisation du fameux article 49.3 de la Constitution. Il s’agit, d’une part, de la loi Macron, laquelle vise à déverrouiller les blocages de l’économie en mettant en place un ensemble de réformes que beaucoup d’observateurs considèrent comme très éclectiques, dans des domaines variés, des transports en bus aux professions libérales. C’est aussi le cas, donc, de la si décriée loi Travail, qui visait à flexibiliser le marché du travail français afin de favoriser l’embauche et donc la baisse du chômage, et à inverser la hiérarchie des normes, en permettant des négociations au sein même de l’entreprise, et non au niveau de la branche professionnelle.

 

           La politique sociale : des hauts et des bas

           En dépit de nombreuses manifestations, la loi sur le mariage pour tous a été adoptée en 2013. Voulue comme symbolique par le Président, elle s’est accompagnée d’une opposition farouche de la part de la droite conservatrice, à travers notamment le mouvement de la Manif pour tous ; si la loi a finalement été promulgué, ce fut au prix d’une division profonde de la société française. Le bilan est donc là aussi mitigé.

           En revanche, à la suite des attentats de 2015, François Hollande a tenté d’étendre la déchéance de nationalité aux binationaux et de l’inscrire dans la Constitution mais a dû céder face à une opposition conséquente, venant en partie de son propre camp.

           Toutefois, il parvient à faire adopter à l’unanimité sa loi sur la fin de vie qui, si elle n’ouvre la voie ni au suicide assisté, ni à l’euthanasie, rend notamment contraignantes les directives anticipées pour les médecins. Il parvient aussi à faire voter la loi sur la transparence de la vie publique qui interdit aux députés et sénateurs de cumuler leur mandat avec certains métiers, et instaure l'obligation pour 9 000 décideurs publics de déclarer leur patrimoine à la Haute Autorité de la transparence de la vie publique. Il s’agit là, et on l’oublie parfois à cause du retentissement de l’affaire Cahuzac, d’une étape décisive franchie en faveur d’une plus grande transparence dans le monde politique.

 

           La politique internationale : un chef de guerre respecté, un chef d’Etat considéré

           De 2012 à 2017, nombreuses furent les crises de grande ampleur sur le plan international. Partant, le retrait d’Afghanistan, point essentiel du programme de campagne, s’est vu usurper son caractère prioritaire. En janvier 2013, le président lance l’opération SERVAL au Mali pour s’opposer à AQMI (Al-Qaida au Maghreb Islamique). Puis, en décembre 2013, c’est l’opération SANGARIS qui est lancée en Centrafrique afin de défendre le président François Bozizé contre la menace de la rébellion Seleka. Si ces opérations résultent en un relatif assainissement de la situation dans les pays concernés, le bilan est bien plus mitigé en Syrie. Alors que M. Hollande avait prévu des attaques contre Bachar Al-Assad, celui-ci n’ayant pas respecté la ligne jaune d’utilisation d’armes chimiques, il ne peut finalement les concrétiser, les Etats-Unis et le Royaume-Uni ayant décidé de ne pas suivre la France. Toutefois, en 2015, après les attentats, il engage l’aviation française dans les frappes de la coalition internationale contre l’organisation Etat islamique (EI).

            En termes de diplomatie internationale, la COP21, organisée à Paris en décembre 2015, fut sans le moindre doute un des plus grands succès de la Présidence Hollande, succès toutefois entaché quelques années plus tard, lorsque le nouveau Président Américain décidera de se retirer unilatéralement de l’accord signé entre les pays présents à la conférence. Toutefois, la politique environnementale de M. Hollande a aussi fait face à des échecs, en témoignent son incapacité à fermer la centrale nucléaire de Fessenheim et l’opposition tenace au projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

 

            Il va sans dire que le bilan ici posé est rapide, et donc forcément incomplet : pour autant, il est tout de même possible de constater que la Présidence Hollande s’est achevée par un échec retentissant du PS aux présidentielles de 2017, preuve incontestable de l’incapacité de la gauche à s’unifier derrière le chef de l’Etat au cours des 5 années que dura le quinquennat. C’est sans doute là un des plus gros échecs d’une Présidence qui peut tout de même se targuer d’une reprise économique tardive dans le quinquennat, ainsi que d’une politique internationale forçant le respect des grandes nations et des pays africains, comme le montre l’accueil triomphal que le peuple malien réserva à François Hollande lors de son arrivée à Bamako, après la mise en place de l’opération Serval.

La vie après la Présidence : les leçons du pouvoir, et la crise de la démocratie

par Hugo Barbazanges

 

Une fois son mandat terminé, François Hollande a pris la décision de prendre un peu de champ et d’observer une période de silence médiatique, se gardant de toute remarque sur les débuts comme Président de son ancien collaborateur, Emmanuel Macron.

Il a également et surtout profité de ces nouvelles plages de temps libre pour s’atteler à la rédaction d’un livre-témoignage sur son mandat, intitulé Les Leçons du Pouvoir, revenant sur les 5 ans passés à la tête du pays, et sur les grands défis auxquels il a fallu faire face.

Tous les grands thèmes sont abordés : de l’économie au terrorisme, de l’international à la politique sociale menée par les gouvernements successifs. François Hollande n’élude rien, et défend point par point son bilan, en tentant de le remettre en perspective avec la conjoncture économique difficile traversée par le pays de 2012 à 2017.

Il revient tout particulièrement sur la terrible épreuve des attentats terroristes, au cours desquels il a fallu tenir et proposer aux Français la figure d’un Homme d’Etat, tenant face aux bourrasques et à même de garantir la sécurité de l’ensemble des citoyens sans pour autant remettre en cause les droits fondamentaux auxquels tout individu a droit en démocratie.

Ce premier livre s’est révélé être un énorme succès de librairie, avec près de 150 000 exemplaires vendus, et une tournée de dédicaces dans toute la France. Ce fut donc aussi l’occasion pour l’ancien Président de repartir au contact des électeurs et de tous les Français, vrai soulagement après plusieurs années passées dans les couloirs feutrés de l’Elysée, dont tous les connaisseurs n’ont de cesse de répéter qu’il isole et empêche le Président en exercice de correctement sentir le pouls du pays.

Les mois passant, François Hollande a aussi commencé à distiller des piques à l’égard de son successeur, le qualifiant notamment de « Président des très riches » au cours d’une interview donnée à l’hebdomadaire l’OBS. L’accumulation de tels propos, concomitante à l’incapacité des dirigeants du PS à établir une feuille de route politique claire, a d’ailleurs amené bon nombre de commentateurs à envisager un retour en politique de l’ancien Premier Secrétaire, maître s’il en est de la synthèse politique et de la bataille électorale. François Hollande se délecte de ces rumeurs, qu’il entretient parfois lui-même, comme au cours d’une séance de dédicaces où il murmure à une lectrice : « Je vais revenir ».

Mais ces velléités supposées de retour n’empêchent pas l’ancien Président de continuer le travail intellectuel et idéologique entamé avec Les Leçons du Pouvoir. Ainsi, en octobre 2019 est paru un second ouvrage, un livre d’entretiens avec la Fondation Terra Nova (think tank engagé à gauche) dans lequel François Hollande développe sa vision de la vie politique française, avec ses points forts et ses lacunes, et propose un ensemble de réformes institutionnelles qui selon lui permettraient de réinsuffler de la vitalité à une démocratie dont il n’est pas exagéré de dire qu’elle est « en crise ». La crise de la démocratie se veut donc une analyse des dysfonctionnements de la démocratie française, et un éventail de propositions, comme l’instauration d’un mandat unique de 6 ans pour le Président de la République, ou la fin de la possibilité pour l’Assemblée Nationale de renvoyer le Gouvernement. L’idée-force de l’analyse est que les mesures proposées n’ont de sens que si elles sont toutes appliquées, et pas si on se contente d’en sélectionner quelques-unes en laissant les autres de côté. François Hollande propose donc un tout nouvel équilibre politique, afin de répondre aux nombreux défis du XXIe siècle et à la menace populiste qui pèse sur le pays.

La sortie de ce livre s’accompagne d’une série d’interventions médiatiques et de conférences données dans les Universités et les Grandes Ecoles, afin de développer directement face aux étudiants de la France de demain ses analyses sur l’avenir de la social-démocratie au pays des Lumières.

Alors, que vous soyez un spécialiste de la politique et de la gauche à l’ancienne, un aspirant au double diplôme avec Sciences Po Paris, ou un simple curieux désirant en apprendre plus sur les rouages de nos institutions, n’hésitez plus et venez en Blondeau le 3 décembre à 18 heures, afin d’échanger avec un acteur majeur de la politique française depuis plusieurs décennies !