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     M.-E Leclerc : le moins cher mais à quel prix ? 

 

   A l’heure où le pouvoir d’achat est souvent cité comme étant le nerf de la guerre des gilets jaunes, HEC Débats invite le 5 février un des acteurs les plus influents et médiatiques en la matière : Michel-Edouard Leclerc.

« Je ne suis pas étonné par le mouvement des gilets jaunes car les pouvoirs publics sont hors-sols». Au micro de Jean-Jacques Bourdin le 10 janvier dernier, le PDG du géant de la grande distribution E. Leclerc se veut l’avocat public du consommateur. « L’homme des prix bas » a fait du pouvoir d’achat la pierre angulaire de son action à la tête d’un des géants de la distribution.

     En effet, ce trait se lit en filigrane tout au long de son parcours. Son père à la marque éponyme frondait contre les prix hauts dès les années 50 dans sa Bretagne natale. Dans les années 90, Michel-Edouard Leclerc internationalise le groupe et diversifie son offre, notamment grâce à ses grands combats contre les secteurs protégés comme la parapharmacie. Celui qui se targue aujourd’hui de distribuer des tests de grossesse à 1 euro a su construire une histoire cohérente au fil des décennies autour du même mot d’ordre : « Chez E. Leclerc, vous savez que vous achetez moins cher ».

 

    Néanmoins, cette agressivité commerciale au nom du souverain consommateur n’est pas sans poser problèmes. En 2013 comme en 2017, l’entreprise est assignée devant le tribunal de commerce de  Paris pour « déséquilibre dans les relations avec les fournisseurs ». En d’autres termes, le distributeur exerce de trop fortes pressions sur les industriels et à fortiori sur un maillon plus éloigné de la chaîne, les producteurs.

 

    Actuellement, alors que les Etats Généraux de l’Alimentation de 2017 s’annoncent en faveur des agriculteurs, le dirigeant se montre particulièrement farouche quant à la loi Alimentation votée en Octobre 2018. Armé d’une rhétorique alarmiste, il menace d’une hausse des prix de 5 à 15% pour dénoncer le texte qui veut rehausser le seuil de droit de vente à perte. La politique de prix du groupe joue en effet sur des promotions radicales quitte à vendre à perte sur des produits d’appel pour se rattraper sur d’autres (notamment des produits agricoles). Il n’hésite alors pas à se mettre délibérément à dos l’actuel ministre de l’agriculture et à traiter directement de ces questions avec Le Premier ministre.

 

    Cependant, l’homme d’affaires est loin de ne revendiquer que des méthodes de hard-discounter. A travers des initiatives comme marque repère ou nos régions ont du talent, celui-ci met en exergue une façon plus saine de consommer. Ainsi, en vendant à la fois le Nutella et le test anticholestérol, le distributeur arrive intelligemment à se positionner sur deux tableaux contradictoires et à en tirer parti.

 

    Effectivement, il est aujourd’hui question pour les hypermarchés de s’adapter à une demande complexe et protéiforme. Le virage du consommer durable, local et responsable s’annonce de plus en plus serré compte tenu de fortes prises de conscience. Le gérant semble cependant déterminé à manœuvrer avec l’habileté médiatique qu’on lui connaît, en atteste son récent accord avec Danone garantissant de meilleurs revenus aux agriculteurs.

 

    Ainsi, Michel-Edouard Leclerc a une expérience vaste dans un secteur particulièrement transversal, à la croisée des questions sociales et économiques. Alors que son père vivait les frondes de mouvements poujadistes à son époque, l’héritier peut sans doute nous apporter un regard singulier pour appréhender les problématiques sociales actuelles.

 

 

Dans l’impatience de partager cet échange avec vous,

HEC Débats