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PIERRE KOSCIUSKO-MORIZET : L’HÉDONISTE QUI A FAIT FORTUNE

 

   « Je suis un optimiste rationnel ». Telle est la devise de PKM, reçu par HEC Débats le 25 septembre 2017. Ancien élève de l’école, de retour en sarouel et pieds nus dans un amphithéâtre dans lequel il s’est « endormi de nombreuses fois », le fondateur de Price Minister est revenu devant les nouvelles promotions sur un parcours dont chaque étape a apporté une pierre à sa philosophie épicurienne.

Du PKM « prêt à conquérir le monde » à l’obtention de son diplôme en 1999, au PKM business angel d’aujourd’hui, les deux interviewers Corentin Jousserand et Louis Fialho ont tenté de cerner ce personnage déroutant, de « downloader son expérience » comme lui même l’avait fait avec ses collègues pus chevronnés au cours de son aventure entreprenariale.

 

   Interrogé sur l’échec de sa première entreprise - Visualis - avant même d’être diplômé, au cours de sa troisième année à HEC en 1999, il nous répond plein d’enthousiasme que ce fut un échec fondateur. Il apprend ainsi qu’il a « adoré créer une boite, qu’il déteste le B2B, et enfin qu’il a besoin de s’entourer d’une équipe ». L’auditoire aperçoit les premiers traits du portrait de Pierre (comme il a demandé qu’on l’appelle) : un inconditionnel optimiste qui croit passionnément dans les projets qu’il mène à bien.

 

   Cette impression se confirme lorsque Price Minister est abordé. Malgré l’explosion de la bulle internet quelques mois plus tôt, « l’idée le prend aux tripes » et il n’a alors « plus aucune limite ». Il conseille par ailleurs aux potentiels entrepreneurs dans la salle de compenser son manque d’expérience par une énergie débordante, dans un secteur (la révolution numérique) où l’on apprend de toute façon plus vite à 20 ans qu’à 50.

L’entrepreneur instinctif confie s’être lancé alors à corps perdu dans l’aventure, ne prenant que deux semaines de vacances sans se verser de salaire durant les deux premières années. Malgré le fait qu’il ne soit pas particulièrement technophile - il s’achète son premier smartphone seulement en 2010 -, il parvient à décrocher la première place française des sites de ventes en ligne. Questionné sur les profils dont il faut s’entourer pour réussir, il conseille ainsi de trouver un « associé tech » comme d’engager ses collaborateurs à l’affect car « on travaille toujours mieux avec des gens sympas ». Il donne ailleurs une leçon de rhétorique RSE lorsqu’on lui reproche la fermeture des petits commerces, en mentionnant plutôt le phénomène de « destruction créatrice ».

 

   Dès lors, les élèves d’HEC comprennent qu’ils assistent plus à un témoignage inspirant qu’à une retrospective professionnelle. Pierre Kosciusko-Morizet a travaillé dur pour ne plus avoir à travailler. Une fois son entreprise revendue pour 200 millions d’euros, car « elle allait se faire bouffer par Amazon » - dont il est aujourd’hui heureux d’être actionnaire - PKM se plaît à devenir Business Angel. De ce fait, il peut ne se rendre au bureau qu’un jour par quinzaine, pour faire du sport, lire et peindre sur ses iles en Bretagne. Devant des étudiants surpris et amusés d’entendre une des plus grosses fortunes de France affirmer que « le travail est l’aliénation ultime », PKM affirme qu’il est heureux car il ne s’impose jamais rien dont il n’a pas envie. Il est désormais libre d’investir dans des sociétés qu’il juge utiles, et de ne s’investir qu’auprès d’entrepreneurs qu’il estime.

 

   C’est donc plus une leçon de vie que des conseils de business que Pierre Kosciusko-Morizet, est venu distiller aux nouvelles générations d’HEC. À moins que ce ne soit cette philosophie d’épicurien moderne qui lui ait permis de réussir… C’est désormais aux spectateurs de méditer cela.

 

Hugo CARRIÉ